Muiraquitã : L'héritage des Amazones d'Amazonie
Amazones d’Amazonie, rituels lunaires et talismans en argile : entre mythe ancestral et nature sauvage, la légende continue de vivre.
Des femmes légendaires

Les légendes autour des Amazones, ces talentueuses et impitoyables combattantes, traversent les frontières et les époques. Cruelles et néanmoins séduisantes, ces figures ont, à travers les siècles, inspiré curiosité, crainte et fantasmes à nombre de guerriers et d'explorateurs. Si ce mythe teinté de réalité a connu ses représentantes à travers le monde, l'histoire de la muiraquitã, talisman d'amour et garant de chance à quiconque la porte, nous entraîne, elle, jusque dans la forêt amazonienne à travers le mythe de ses femmes guerrières.
On raconte que les premières Amazones de l'histoire se seraient trouvées aux abords de la mer Noire, alors conquise en grande partie par les Grecs. Leur nom, signifiant « sans sein » dans la langue d'Aristote, provient du fait que, selon la légende, ces femmes se coupaient le sein droit afin d'être plus habiles au tir à l'arc. Elles ne s'accouplaient aux hommes des peuplades voisines qu'en vue de créer la future génération de femmes guerrières. À l'inverse, les garçons naissants de ces unions étaient souvent mutilés afin d'être rendus inaptes à la guerre et, bien pire, réduits en esclavage.
L'histoire des Amazones d'Amazonie commence, elle, en 1542, lorsqu'un groupe d'explorateurs mené par le navigateur espagnol Francisco Orellana quitte le Pérou en direction de l’Amazonie à la recherche d’or et d’épices. Arrivés sur place, après plusieurs semaines de navigation sur le fleuve Amazone, l'équipage rapporte au roi s’être fait attaquer par de farouches guerrières, lesquelles les auraient mis en échec. Ces femmes, appelées Icamiabas, terme Tupi similaire au terme grec « Amazone », étaient décrites comme étant grandes, musclées, se promenant nues et ayant pour seule arme un arc et des flèches.
Selon les spécialistes, deux différences notables les distinguent des Amazones originales :
- l'une réside dans le fait qu'elles ne coupaient pas leur sein, car la maternité occupait une place importante dans leur vie ;
- les garçons, non plus, n’étaient pas mutilés, mais laissés avec les hommes afin qu’ils accomplissent leur éducation.
Muiraquitã, mon amour
Toujours selon la légende, les Icamiabas s’unissaient une fois par an aux hommes de la tribu des Guacaris. Ces réunions intimes avaient lieu lors de la pleine lune, au terme d'une cérémonie sacrée célébrée en l'honneur de la déesse représentant notre beau satellite, Yaci Uarua, qui donnait alors sa bénédiction à ces unions.
À la fin du rituel, les Icamiabas plongeaient dans l'eau pour y récupérer de l'argile verte dont elles façonnaient des amulettes, les Muiraquitãs, censées apporter chance et protection contre toute forme de maladie. Les Muiraquitãs étaient offertes par les Icamiabas aux hommes avec lesquels elles s’étaient unies, ou, selon une autre version, seulement à ceux qui leur auraient donné un enfant.

Une légende qui traverse le temps
Aujourd’hui en Amazonie, la légende de l’amulette muiraquitã continue de se transmettre et prend de nombreuses formes, tout en restant liée aux Icamiabas ou, du moins, à la déesse Yaci Uarua.
Les amulettes prennent généralement les traits d'une grenouille, mais peuvent aussi représenter d'autres animaux comme un poisson ou une tortue. Symbole des fantasmes qui entourent les Icamiabas, la muiraquitã est notamment au cœur du célèbre livre Macunaíma, écrit en 1928 par Mário de Andrade, où le héros de l’histoire cherche désespérément à retrouver celle qu’il a reçue de son amante Icamiaba.
Légende, réalité, ou un peu des deux ? Il ne vous reste plus qu'à venir nous rejoindre lors d'une excursion en Amazonie pour le savoir !


