Alain Gheerbrant et l’Expédition Orénoque-Amazone

Découvrir l’Amazonie comme l’ont fait de grands explorateurs, c’est une aventure unique qu’Alain Gheerbrant a vécue. Lors de son expédition Orénoque - Amazone, il a traversé pour la première fois les montagnes de la Sierra Parima et a partagé le quotidien de la tribu indienne des Yanomami.

 Alain Gheerbrant dans ses débuts 

N’étant pas très attaché aux étiquettes, Alain Gheerbrant se qualifiait lui-même de simple poète, passant outre tout son talent pour l’écriture, l’édition mais aussi pour l’exploration, véritable passion pour lui. Né à Paris en 1920, il passe toute son enfance entre la capitale française et la maison de campagne familiale à la Choupardière, près du Mans. Des rêves plein la tête, il fugue plusieurs fois et s’imagine partir à l’aventure en tant que mousse sur un bâteau vers le Brésil, cette destination si intrigante. Après une carrière dans la poésie et l’édition, il s’embarque finalement bel et bien pour une grande expédition en Amazonie

Portrait d’Alain Gheerbrant ,Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Alain_Gheerbrant 

Poète, éditeur, puis explorateur… 

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, il doit se réfugier avec sa mère dans leur maison de campagne, où il va se préparer pour l’école militaire de Saint-Cyr. Sa mère aimait la musique, l’art et la religion. Son père lui était avocat avant d’être blessé pendant la Première Guerre Mondiale, et de refaire carrière dans la politique en tant que chargé de mission.

Après la guerre, Alain Gheerbrant rejoint le groupe de Jean-Paul Sartre, son professeur au lycée avec qui, il s’était lié d’amitié. Il publie son premier recueil de poème à 24 ans, l’Homme ouvert (1945), qui lui vaut des éloges de la part d’André Breton. 

Il poursuit sa carrière en fondant la petite maison d’édition “K éditeur”, qui publie notamment quelques artistes connus de l’époque tel qu’Antonin Artaud et son oeuvre Van Gogh, le suicidé de la société (1947). Bouleversé ensuite par la mort de ce dernier, qui, dans sa jeunesse, avait rencontré des Indiens du Mexique, Gheerbrant décide de suivre ses pas à la rencontre des Indiens d’Amérique

 L’expédition Orénoque-Amazone

Alain Gheerbrant dirige l’expédition Orénoque-Amazone, cette expédition ethnographique de 1948 à 1950, accompagné de Pierre-Dominique Gaisseau, Jean Fichter et Luis Saenz, respectivement documentariste, photographe et réalisateur.

Après être resté environ six mois à l’Institut ethnographique de Bogota, capitale de la Colombie, Gheerbrant décide de se rendre sur ses lieux d’étude. Il va donc tenter la première traversée de la Sierra Parima, qualifiée “d’enfer vert absolument impénétrable” en raison de son aspect sauvage et dense. Ces montagnes se situent à la frontière du Venezuela et du Brésil. Elles n’étaient peuplées à cette époque que de tribus indiennes inconnues des Européens. L’objectif de son voyage était alors de repérer les affluents inconnus de l’Amazone, dont le Rio Branco.

Mais durant les 14 mois de la traversée, Gheerbrant essaie également d’entrer en contact avec différentes populations locales, dont les Maquiritare, les Piaroa, les Puinave et les Yanomami. Il n’a réussi à établir un contact pacifique qu’avec ces derniers, anciennement appelée les Guaharibos, qui étaient très redoutés des Blancs. Il aurait partagé leur quotidien pour le retranscrire dans son récit de voyage L’Expédition Orénoque-Amazone, publié en 1952, et tourné un film documentaire : Des hommes qu’on appelle sauvages, sorti en 1952 également. 

L’expédition n’aura pas été de tout repos, Gheerbrant et son équipe connaissent 7 naufrages, entraînant la perte de leurs collections et des films qu’ils auraient pu ramener. Évoluant dans un milieu humide, leur matériel subit également des dommages. Dans cet univers totalement incertain, où il n’était pas possible de distinguer le végétal de l’animal, Gheerbrant se sent complètement étranger : “Il semble à chaque fois que l’on dérange, comme un boulet de canon, une immobilité somnolente consacrée par des siècles d’oubli.” 

Avec ses compagnons, ils reviendront finalement de cette aventure malades et mutilés, mais Alain Gheerbrant nous fait part dans son récit de quelques étonnantes découvertes. Les femmes Okomatadi passeraient par exemple leur temps à s’occuper des enfants, à jouer avec eux, les allaiter, et même donner le sein à tous les petits animaux qu’elles croisent, chiens ou singes qui prendraient la place des enfants, et cela tout à fait naturellement. 

Malgré les difficultés rencontrées lors de ce périple, Gheerbrant considère l’Amazonie pendant la saison des pluies comme étant “le plus fantastique décors que j’ai jamais vu”.

Orénoque, forêt amazonienne et montagnes,  Source : https://www.wwf.fr/espaces-prioritaires/orenoque 

Un nouveau regard

Cette expérience lui a ouvert les yeux sur une passion cachée et l’a poussé à réaliser de nombreux reportages dans le monde entier. De ses nombreux voyages, il rapporte systématiquement livres, films, ou enregistrements.

Concerné par l’avenir de l’Amazonie suite à ses aventures, son ouvrage L'Amazone, un géant blessé (1988) retrace l’histoire de sa découverte et met en avant les menaces qui pèsent sur elle ainsi que l’humanité entière. 

Alain Gheerbrant décède en 2013 à Paris à l’âge de 92 ans, après avoir publié son dernier recueil de poèmes “L’Homme troué” en 2010, bouclant ainsi la boucle de son âme de poète. Il devient alors pour son petit-fils, Benjamin Pitchal, le personnage principal de son roman “La Classe verte” (2018), une fiction le représentant comme son idole. 

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