À la découverte de l’explorateur aux pieds nus : Jules Crevaux

12 000 kilomètres, c’est la distance parcouru par Jules Crevaux, chirurgien dans  la Marine et explorateur précurseur. Soutenu par le ministre de l’Instruction publique Jules Ferry, Jules Crevaux est le premier explorateur européen à explorer certaines contrées d’Amérique du Sud.

 Jules Crevaux : l’explorateur précurseur

À la différence des grands explorateurs de son époque, Jules Crevaux part en expédition avec un équipage très réduit et presque sans équipements. Des expéditions dites ‘légères’ mais réalisées tout de même avec le soutien de Jules Ferry, futur ministre de l’Instruction, qui profite des expéditions de Crevaux en Afrique noire pour marquer son engagement pour l'expansion coloniale. En effet, Jules Ferry engage le Docteur Crevaux pour définir et promouvoir les contours et les atours de la Guyane française avant de lui confier aussi comme mission de rapporter le plus d’objets ethnologiques possibles de manière à constituer un fond pour la création du Musée d’Ethnographie du Trocadéro, aujourd'hui devenu le Musée du Quai Branly. Les découvertes de l’explorateur y sont toujours entreposées et font la fierté du musée.

12 000 km à pied, en pirogue ou à dos de mulet de 1876 à 1882 :

Orphelin et issu d’un milieu modeste de petits commerçants, ce sont les récits d’aventuriers à la recherche de l’Eldorado qui ont poussé Jules Crevaux à dépasser son horizon et à devenir explorateur lui aussi.

Première expédition (1876-1877): l’intérieur de la Guyane

La première expédition de l’explorateur se déroule dans l’intérieur de la Guyane, colonie française mal aimée en raison de son climat malsain et d’un passé historique rempli de défaites militaires.

Cette expédition est soutenue par Jules Ferry qui confie à Jules Crevaux la mission d’établir le tracé des frontières françaises en Guyane avec la Guyane hollandaise (aujourd’hui le Surinam) et le Brésil. Le Docteur Crevaux aborde son expédition tout comme le colonel Fawcett l’a fait avant lui, c’est-à-dire en tant qu’humaniste et non en tant que colonisateur. En effet, il décide de partir seul, tout juste accompagné de quelques canotiers et avec pour unique bagage des instruments scientifiques.

Après avoir soigné des malades atteints de la fièvre jaune aux îles du Salut, Jules Crevaux part accompagné de monseigneur Emonet et du père Kroenner explorer l’arrière pays de la Guyane. Par chance, dès le début de son expédition, Jules Crevaux fait la rencontre d’Apatou, qui fait partie du peuple des Boni (anciens esclaves noirs évadés réfugiés dans la forêt) et qui lui sert de guide avant de devenir son compagnon le plus fidèle. Apatou commence sa mission par le conduire sur le fleuve Maroni puis jusqu’au pied des Tumuc-Humac où se trouvaient les Indiens Roucouyennes. Le docteur Crevaux est ainsi le premier français à franchir ces montagnes et à rejoindre l’Amazone par le fleuve du Yari.

 

Lors de ce premier voyage, l’explorateur dessine les plantes, les animaux, relève le cours des fleuves Maroni et Oyapock, atteint les monts Tumuc-Humac et dévoile l’inexistence de l’Eldorado tant convoité. Ses esquisses sont reprises par Riou et Valette et illustrent ses récits publiés dans la revue « le Tour du Monde ». Il partage également ses découvertes lors de conférences auxquelles il participe lors de ses retours en France. Décrivant dans ses récits la forêt amazonienne comme un véritable enfer vert, Jules Crevaux découvre en l’Amazonie un environnement naturel à la fois grandiose et fascinant mais aussi très dangereux.

En effet, cinq mois après le début de son voyage, il arrive à Sainte-Marie-de-Belem totalement épuisé après plus de 650 kilomètres parcourus en pirogue et à pied, abattu par de nombreuses attaques répétées de fièvre jaune et sans argent; dans un tel de fatigue que l’évêque de la ville le pris pour un évadé.

Heureusement, un français lui propose de le rejoindre sur son bateau pour la France. Ainsi, le 17 avril 1878 l’explorateur rend compte de son voyage à la Société de géographie et est fait chevalier de la Légion d’honneur à tout juste 31 ans.

 

Deuxième expédition (1878-1879): vers la Cordillère des Andes

Pour cette deuxième expédition, le Docteur Crevaux part vers l’Ouest pour remonter l’Oyapock, fleuve qui marque la frontière orientale de la colonie avec le Brésil afin de trouver la zone de partage des eaux entre l’Amazone et l’Oyapock et ainsi tracer le cours du Parou, une rivière encore inconnue des géographes.

À l’instar de celle du Yari qui lui aurait permis de terminer son voyage en seulement 10 jours, la descente du Parou s’avère difficile en raison des nombreuses chutes et des chemins impraticables et dure près de trois mois.

Par la suite, Crevaux décide d’explorer des régions encore plus lointaines situées aux confins des Andes. Grâce à l’aide de son fidèle compagnon Apatou et de Santa Cruz, pirate des Andes qui sème la terreur dans la région mais qui se révèle être un compagnon loyal, le docteur Jules Crevaux navigue sur l’Amazone et remonte un de ses nombreux affluents : l’Iça. Après avoir relevé le cours du Haut Iça, les trois hommes parcourent à pied la région andine qui sépare l’Iça du Yapura et redescendent jusqu’à sa confluence avec l’Amazone. 

Au cours de ce voyage, Jules Crevaux découvre plusieurs tribus indiennes dont un village composé uniquement de femmes. Le Docteur pense alors avoir découvert les fameuses « Amazones ». Ce nom a été donné par le conquistador Francisco de Orellana lorsqu’il descendit le premier le fleuve qu’il baptisa « Rivière des Amazones » en mémoire des combats qu’il avait dû livrer contre les femmes guerrières de la tribu des « Coniapayra ». Pour Crevaux, il n’y a pas de tribus de femmes guerrières, seulement des femmes répudiées et condamnées à se défendre en se réfugiant dans la forêt.

À son retour en France, ayant parcouru près de 6 000 km, le docteur Jules Crevaux présente une véritable mine d’or d’informations scientifiques à la Société de géographie de Paris, qui le décore d’une médaille d’or en 1880.

 

Troisième expédition (1880-1881) : descente de l’Orénoque des Andes

6 août 1880, départ pour la troisième expédition. Jules Crevaux et Apatou partent de France accompagnés de deux autres compagnons de voyages : le pharmacien de la Marine Le Janne et le jeune marin Burban.

L’équipe remonte le rio Magdalena en bateau vapeur puis traverse à dos de mule les Andes avant de descendre le Guaviare sur un simple radeau. Les dangers et les obstacles se multiplient : des précipices où personne n’osait s’aventurer, des caïmans par milliers... Apatou se fait happer la jambe par un caïman mais survit, sauvé in extremis par Crevaux, ce qui n’est pas le cas du jeune Burban, qui après avoir marché sur une raie venimeuse, succombe au cours du voyage.

 

Aidé par le photographe Morin, Jules Crevaux prend de nombreuses photographies des tribus Mitouas, Guahibos et Guaraounos qui permettent d’en savoir plus sur leur mode de vie. Lors de cette expédition, le Docteur Crevaux et son équipe volent également des momies qui sont envoyées en France pour être analysées.

Le 25 mars, solennellement reçu à la Sorbonne, Jules Crevaux rapporte cinquante-deux crânes, des squelettes recueillis dans sept endroits différents et trois cents reproductions d’indigènes sous forme de dessins ou de photographies.

Quatrième expédition (1881-1882) : le Gran Chaco

Jules Crevaux, âgé maintenant de 34 ans, quitte la France suite à une déception amoureuse, accompagné de quatre autres français. Pour cette quatrième expédition  direction l’Argentine sans aucun objectif de mission précis.

C’est seulement une fois sur place que Jules Crevaux se laisse embarquer dans une curieuse expédition érigée par les gouvernements argentin et bolivien. La mission ? Explorer le fleuve Pilcomayo jusqu’à sa confluence avec le Paraguay et rejoindre Buenos Aires par le Parana. Le Pilcomayo qui prend sa source en Bolivie constitue la frontière entre le Paraguay et l’Argentine et cette mission va ainsi permettre à la Bolivie d’obtenir par ce fleuve un débouché sur le Rio de la Plata. Loin des préoccupations scientifiques de l’explorateur, le gouvernement lui promis tous les moyens nécessaires à l’expédition pour le convaincre : de l’argent, un équipage, du matériel scientifique…

Cette expédition est la dernière. Jules Crevaux et son équipe tombent dans un guet-apens dressé par les Indiens Tobas, se vengeant d’une répression injuste dont ils viennent juste d’être victimes.

 

Un seul homme survie, le jeune guide indien Zeballos, à qui l’on doit le récit de ces événements.

Résumé des faits


 

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