Manaus, la naissance d’une ville au coeur de l’Amazonie

Manaus, cette étonnante capitale chargée d’histoire, est désormais ancrée sur la scène nationale. Indiens, colons, riches barons… de nombreuses populations ont contribué aux fondations de Manaus. Retour sur la naissance de cette ville qui trône aujourd’hui fièrement au cœur de l’Amazonie.

Les premiers peuples de Manaus

Avant l’arrivée des colons, la région de Manaus était exclusivement peuplée de communautés indigènes dont les deux plus connues sont la tribu des Barés et celle des Manaós. En juin 1542, un conquistador espagnol, Francisco de Orellana, débarque sur les terres amazoniennes et découvre le fleuve Amazone et ses affluents, dont un qu’il nommera le Rio Negro en raison de sa couleur foncée.

Photo aérienne du Rio Negro en Amazonie brésilienne. Source : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Manaus-Amazon-NASA.jpg#/media/File:Manaus-Amazon-NASA.jpg

Plus d’un siècle après sa découverte, la ville tombe entre les mains des colons portugais. Afin de se défendre en cas d’invasion étrangère, les conquistadors, avec l’aide des indiens dont ils ont fait des esclaves, construisent une fortification qui marque les fondations de ce qui deviendra Manaus, São José da Barra do Rio Negro. Grâce à ce fort, la population atteint les 300 habitants dont la majorité est constituée d’indiens. A cette époque, l’activité économique de la forteresse repose sur la cueillette (cacao et vanille) et sur l’exploitation du bois.

Puis, entre 1723 et 1728, un affrontement entre les peuples surgit, opposant les colons portugais aux indiens de la tribu Manaós. Les indiens refusent d’être asservis et de contribuer à la construction de la ville. Les conflits s’apaisent finalement lorsque des militaires commencent à fréquenter des femmes indiennes. Ces relations occasionnent le début du métissage en Amazonie et la naissance des caboclos.

Le territoire se construit petit à petit et la capitainerie est déplacée à plusieurs reprises afin de trouver un siège stratégique en cas d’attaque. Cette dernière prend finalement place à Lugar da Barra et São José da Barra do Rio Negro devient Vila de Manaus. Appellation qu’elle ne gardera qu’une quinzaine d’années, jusqu’au jour où elle s'élèva au rang de ville. La municipalité prend alors le nom de Cidade da Barra do Rio Negro. Ce n’est qu’en septembre 1856, après la création de l’Etat d’Amazonas, que la ville prend le nom de Manaus, en l’honneur de la tribu des Manaós.

Pendant la période impériale, une insurrection du nom de Cabanagem, influencée par la révolution française, provoque un affrontement entre les indiens et caboclos, en situation de quasi esclavage, et l’élite politique de la ville. Ce soulèvement participa massivement à l’intégration des ethnies locales. L’une des conséquences de la Cabanagem fût la création de l'État d’Amazonas.

 Manaus, une ville impulsée par le boom du caoutchouc

A la fin du XIXème siècle, l’Amazonie attise les convoitises du reste du monde puisque Manaus connaît une notoriété internationale. En Europe, la Révolution Industrielle stimule l’économie et par conséquent, la production. Grâce à la démocratisation de l’automobile, le caoutchouc devient une matière première essentielle et doit être produit en grande quantité pour assouvir une demande de plus en plus forte.

Parallèlement, en Amazonie, on redécouvre les vertues de l’hévéa et on comprend très rapidement son fort potentiel : cet arbre endémique de la région amazonienne produit du latex qui, grâce à une transformation, se change en caoutchouc. Dès lors, un processus d’immigration s’initie autour de la ville de Manaus. De riches européens attisés par l’opportunité que représente l’or mou, débarquent en Amazonie pour y fonder leur propre commerce de caoutchouc. De nombreux nordestinos désoeuvrés arrivent eux dans l’espoir d’une vie meilleure. Cette forte hausse démographique et ce boom économique transforme la ville de Manaus en “Paris des Tropiques” et donne une impulsion à de nombreuses constructions.

Suite à la proclamation du 15 novembre 1889, le Brésil devient une République Fédérative et Manaus, la capitale de l’Etat d’Amazonas.

En 1892, avec l’arrivée de Eduardo Ribeiro au pouvoir, Manaus se modernise et se construit suivant un plan minutieusement élaboré. L’âge d’or du caoutchouc permet de développer un réseau électrique qui illumine la ville, l’aménagement des transports publics grâce au tramway puis la création du service d’eau courante. Les jardins, les rues et les bâtiments culturels comme le fameux Théâtre Amazonas sortent de terre sous un style européen et permettent d’attirer les élites.

Place Tamandaré à Manaus lors des travaux d’aménagement à l’époque du boom du caoutchouc. Source : https://idd.org.br/iconografia/manaus

 

Puis, au début des années 1910, l’Angleterre et l’Asie deviennent, eux aussi, de gros producteurs de caoutchouc. L’Amazonie perd alors tous ses marchés et Manaus est abandonnée par les barons fortunés qui profitaient, jusqu’ici, de l’essor économique de la ville. Manaus connaît alors plusieurs décennies difficiles.

Une politique de grands travaux, un second souffle pour Manaus

Dans les années 1960, une politique de grands travaux insuffle une deuxième chance à la capitale amazonienne. En 1967, une zone de libre échange voit le jour. Cette zone franche développe l’industrie à Manaus et attire un grand nombre d’entreprises internationales (aujourd’hui : Samsung, Bic, Honda, Nokia, etc... ). Cette industrialisation crée rapidement plus de 50 000 emplois et amorce une seconde vague de gentrification qui permet à la ville d'être reconnue comme métropole régionale.

Trois ans plus tard, la ville profite de son rayonnement pour s’ouvrir au reste du pays. Accessible uniquement par voie fluviale ou aérienne, Manaus se lance dans la construction d’une route qui la relierait à Porto Velho plus au sud, elle-même connectée au reste du pays : la BR-319. Inaugurée en 1976, cette voie terrestre de 885 km est toutefois aujourd’hui, très difficilement praticable.

La route Transamazonienne vu du ciel

Manaus aujourd’hui

Avec plus de 2,1 millions d’habitants recensés en 2019, Manaus est aujourd’hui une ville qui s’est affirmée. Située sur les rives du Rio Negro, la ville profite d’une localisation stratégique : au cœur de la plus grande forêt tropicale du monde, Manaus constitue la principale porte d’entrée pour se rendre en forêt amazonienne.

Le tourisme s’y est développé, grâce à la construction d’un aéroport international et à la diversification du secteur hôtelier.  Depuis, Manaus reçoit des visiteurs du monde entier, désireux de découvrir la richesse du bassin amazonien.

Grâce à sa zone franche, la ville s’est dynamisée et constitue le troisième pôle industriel du Brésil. L’économie repose tout d’abord sur une activité industrielle variée et vigoureuse : transformation des produits alimentaires, raffinerie de pétrole, industrie mécanique et électrique, textile et construction navale.

Manaus est aujourd’hui, une ville chargée d’histoire qui offre à ses visiteurs de nombreuses activités et visites. Voyager en Amazonie depuis Manaus, c’est faire le choix de découvrir les récits et la fondation de cette ville, située en plein cœur de la forêt amazonienne.

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